Aujourd’hui, au travers de la transformation de l’offre médico-sociale, de nombreuses actions visent à assurer la mutation du secteur vers l’inclusion. Ce vocable apparu au sein des politiques publiques dans les années 2000 avec la LOLF (Loi Organique Loi de Finance), puis reprise à partir de 2010 par l’Union Européenne (Stratégie Europe 2020), met en évidence la nécessité de faire évoluer la structure des dispositifs pour permettre le virage inclusif. En réponse, des formes souples d’accompagnement au travers de plateformes, des dispositifs d’habitats inclusifs émergent et se mettent en place.
L’apport de l’autonomie et de l’autodétermination dans le questionnement éthique dans le champ de l’éducation spécialisée
D.U. Initiation à la réflexion éthique dans la pratique soignante
Promotion 2024-2025
Université de Tours – Faculté de médecine
L’origine du questionnement
Au travers de mon expérience professionnelle en tant que formateur-consultant indépendant œuvrant au sein du secteur médico-social, et de façon plus marginale dans les structures sanitaires, je porte, depuis plusieurs années, des principes orientant mon action vers la mise en œuvre de pratiques professionnelles réellement orientées vers l’autonomie et l’autodétermination, et surtout, vers le changement de pratiques et de posture professionnelle en lien. Jusqu’au début des années 2020, la prise en compte de cette évolution en termes de concrétisation est restée relativement marginale au sein du secteur médico-social. Seules quelques initiatives comme la Pédagogie de la Vie Autonome®[1] développée pour les personnes en situation de handicap moteur avec ou sans troubles cognitifs, puis étendue à toutes les typologies de handicap, ou la démarche « Différents & Compétents[2] » en ESAT, ont concrètement proposé des modèles pédagogiques vers l’acquisition de compétences, permettant aux personnes en situation de handicap de développer leur potentiel afin de réellement mieux maitriser leur capacité à gérer leur vie dans une démarche inclusive. Ces expériences professionnelles personnelles, croisées avec mon vécu au sein du D.U., m’ont amené à m’interroger si la mise en place d’un comité d’éthique pourrait contribuer en complément d’autres actions comme la formation continue, le travail de clinique…à faire progresser la nécessaire prise de conscience des changements de pratiques et de postures professionnelles nécessaires au développement de l’autodétermination au sein du secteur médico-social. De plus, comme nous le verrons dans les deux paragraphes suivants, la visée d’autonomie au sein des pratiques professionnelles est aujourd’hui supplantée par la finalité de prise en compte de l’autodétermination, ce qui m’a amené à m’interroger sur les différences entre ces deux concepts dans la délibération du questionnement éthique appliquée à l’éducation spécialisée dans le champ du handicap. En effet, je postule que le questionnement éthique prenant en compte l’autodétermination pourrait peut-être apporter plus de richesse en termes d’évolution des pratiques professionnelles, voire des postures professionnelles que le questionnement sur l’autonomie. La prise en compte de l’autodétermination pourrait alors constituer un des outils de changement dans les missions d’accompagnement et d’éducation vers l’inclusion.
Au travers du cheminement proposé, et après avoir clarifié les éléments de contexte sur le concept d’autodétermination et l’évolution du secteur de l’accompagnement des personnes en situation de handicap, nous allons tenter de vérifier le postulat énoncé précédemment exposé au travers de l’analyse de deux situations cliniques.
[1] Pédagogie de la Vie Autonome : PéVA® : Cursus de formation à l’autonomie donnant l’opportunité à des personnes en situation de handicap d’accéder à l’autonomie complète vers la désinstitutionalisation.
[2] Différentes et Compétents : Le programme « Différent et Compétent » est conçu pour accompagner les personnes en situation de handicap et de vulnérabilité dans leur parcours professionnel, en valorisant leurs compétences. Ce dispositif inclut la Reconnaissance des Acquis de l’Expérience (RAE), qui permet aux bénéficiaires de faire reconnaître leurs savoir-faire et compétences acquises au cours de leur expérience professionnelle. Il s’inscrit dans le cadre de la formation et de la reconnaissance des compétences des travailleurs handicapés, facilitant ainsi leur intégration professionnelle.
L’autodétermination : un concept en évolution
Conceptualisée outre Atlantique entre 1992 à 1994, l’autodétermination est un sujet qui a émergé depuis quelques années au sein de l’éducation spécialisée dans le secteur de l’accompagnement des personnes en situation de handicap. Dans un premier temps, utilisé comme un concept phare au sein des institutions québécoises puis belges et helvétiques, l’autodétermination a vu sa promotion assurée par la HAS[1] au travers des recommandations de bonnes pratiques professionnelles. Pour imager le propos dans le champ des Troubles de la Déficience Intellectuelle (TDI), rappelons que ce concept provient d’une revendication. Cette dernière a émergé grâce au mouvement nord-américain « People First », initié dans les années 70, puis a été relayé au Québec et en Belgique par le Mouvement Personne D’Abord (MPDA)[2] en mettant en avant la volonté des personnes de s’approprier et d’exercer le pouvoir pour tout ce qui les concernent, ceci étant valorisé par le slogan « rien sur nous, sans nous ». Bien évidemment, réduire rapidement l’application de l’autodétermination au champ du handicap constituerait une erreur importante. « Sujet transdisciplinaire l’autodétermination de la personne humaine se caractérise par son polymorphisme. »[3] En effet, la médecine ainsi que toutes les sciences humaines ont abordé ce sujet que ce soit pour y apporter des réponses en matières de pertinence, de réalité suivant différents contextes, de son histoire et de ses manifestations, de notion enrichie de ses possibilités d’exercice juridique…Dans ce dernier, « la personne se caractérise par ses relations avec les autres humains : « quelqu’un » n’est une personne que par rapport aux autres et c’est ainsi que chacun prend conscience de sa propre identité »[4]. De fait, comme le rappelle C. Atias : « la liberté c’est une donnée du droit. On ne peut pas penser le droit sans y intégrer la liberté »[5]. Ici les juristes nous rappellent que le questionnement du libre arbitre est un élément primordial dans le concept de l’autodétermination. « Suis-je libre de décider d’agir ? Quels sont les facteurs qui me déterminent ? sont-ils intérieurs ou extérieurs à ma personne ? »[6] In fine, en s’appuyant sur les travaux de Wehmeyer de 1996, la HAS, dans la recommandation sur l’accompagnement des personnes présentant un TDI, précise l’autodétermination comme suit : « elle se définit comme l’ensemble des habiletés et des attitudes, chez une personne, lui permettant d’agir directement sur sa vie en effectuant librement des choix non influencés par des agents externes indus »[7].
Sur un versant complémentaire, les établissements et services médicaux sociaux ont initié un questionnement sur leur capacité à proposer des réponses adaptées aux différentes situations des personnes qui leur sont confiées. Ce questionnement le plus souvent en lien avec des situations complexes intégrant des notions paradoxales ou en tension (capacité à prendre en compte l’agressivité et la violence en protégeant les acteurs, mise en œuvre de la sécurité en respectant la liberté d’aller et venir, accompagnement assurant la protection et l’exercice de l’autonomie, de la citoyenneté des personnes accompagnées dans un modèle de protection…) est positionné par l’utilisation de différents outils complémentaires :
- Les temps de clinique de situation permettant l’analyse clinique et l’émergence de stratégies éducatives et/ou thérapeutiques harmonisées sur une situation identifiée avec une visée cognitive,
- L’analyse des pratiques professionnelles qui, en complément de l’émergence de stratégies éducatives et thérapeutiques, permet de questionner la posture, et le vécu des affects avec des conséquences recherchées sur le bien vivre au travail en complément de l’amélioration des compétences,
- Et enfin, l’éthique qui « est une réflexion qui vise à déterminer le bien agir en tenant compte des contraintes relatives à des situations déterminées »[8]. « L’éthique se construit au quotidien et ne peut pas être détachée de la pratique. Elle désigne le questionnement de l’action sous l’angle des valeurs qu’on a, et de sa finalité́ du travail social. Elle cherche à dépasser une logique d’action purement technique »[9].
C’est évidemment ce travail sur l’éthique qui va nous intéresser au sein de ce cheminement, avec pour matrice la mise en relation de l’autodétermination comme boussole d’accompagnement et d’éducation, et le questionnement éthique au travers de la mise en place d’un comité d’éthique et de bientraitance pour une association, organisme gestionnaire de différents établissements et services médico-sociaux pour enfants et adultes en situation de handicap entrant dans la définition des Troubles Neuro-Développementaux[10] (TND). Ce cas applicatif de mise en place d’un comité d’éthique et de bientraitance, permet la mise en action d’un creuset de réflexion en fonction des valeurs et principes en tension que nous allons aborder au sein de notre démarche.
Nous allons maintenant aborder un rappel sur l’évolution du secteur de l’accompagnement des personnes en situation de handicap associant les établissements sociaux et médico-sociaux (ESMS) en tant que moyens d’action afin d’en clarifier la trajectoire. Ensuite, viendra la proposition de deux situations cliniques afin de faire émerger les dilemmes.
[1] HAS : Haute Autorité de Santé
[2] Les Mouvements Personne d’Abord (MPDA) sont des organismes à but non lucratif dont la mission principale est la défense collective des droits des personnes vivant avec une déficience intellectuelle (DI). https://fmpdaq.ca/
[3] P. Bordais, Essai sur d’une théorie générale de l’autodétermination de la personne humaine, Mare & Martin, Coll. Bibliothèque des thèses, Paris, 2023, p. 17.
[4] Ph. Malaurie, Droit des personnes, La protection des mineurs et des majeurs, LGDJ, droit civil, 10e édition, 2018, p. 23.
[5] C. Atias, De la difficulté contemporaine à penser en droit. Leçons de philosophie du droit, PUAM, coll. Droits, Pouvoirs & Sociétés ,Aix-Marseille, 2016, p. 245-246.
[6] P. Bordais, op. cit., p. 18.
[7] Recommandation HAS : L’accompagnement de la personne présentant un trouble du développement intellectuel (volet 1), Haute Autorité de Santé – L’accompagnement de la personne présentant un trouble du développement intellectuel (TDI) – Volet 1, 2022, P. 5.
[8] Recommandation HAS : Le questionnement éthique dans les établissements et services sociaux et médico-sociaux, https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2018-03/reco_ethique_anesm.pdf, 2010, P.14
[9] L’ETHIQUE, recherche de sens, des défis pour le Travail Social, intervention au Conseil Supérieur du Travail Social (CSTS), le 29 mai 2015 de Brigitte BOUQUET, Personne Qualifiée Membre du CSTS, https://erets.acteursdusocialenpaca.fr/index.php/ressources/documentation/ethique-bbouquet
[10] Les troubles neurodéveloppementaux (TND) sont un ensemble de troubles qui apparaissent dès l’enfance et affectent le développement du cerveau, entraînant des altérations durables dans différentes fonctions cognitives, émotionnelles et comportementales.
Le mémoire complet ici
L’accompagnement à la mise en place d’une démarche d’éducation structurée vers l’autodétermination
Aujourd’hui les organismes gestionnaires d’établissements médico-sociaux rencontrent un problème important pour mettre en place une structure interne et cohérente sur le développement d’une qualité d’accompagnement permettant la mise en œuvre de l’autodétermination voire de l’émancipation des personnes accompagnées.
En effet, les directions des organismes gestionnaires délèguent ce processus vers les directions de pôle, qui font de même vers les directions adjointes et les chefs de services, eux-mêmes embolisés par les problématiques de Ressources Humaines. In fine, les équipes se trouvent porteuses de la qualité des accompagnements qui doit représenter l’enjeux stratégique majeur d’un acteur de l’éducation spécialisée. Ce constat est également amplifié par les problématiques de compétences.
Une réflexion s’impose sur la création d’un modèle permettant de poser un cadre, des pratiques et des postures permettant la mise en action de l’autodétermination.
Pour les personnes accompagnées, il s’agit de les rendre actrices de leurs parcours de vie, du travail basic autour de la notion de choix jusqu’au soutien à la projection dans la réflexion sur leur parcours de vie. Ce travail passe par l’acquis de compétences dans le cadre d’un système éducatif basé sur des co-évaluations, des temps d’apprentissage et d’activités permettant les acquis, l’épanouissement et le bien-être.
Pour les parents ou les familles, le travail s’oriente sur de la mise en confiance pour faire alliance. En effet, il est compliqué de consolider des compétences si le travail d’éducation n’englobe pas la généralisation dans différents contextes, environnements en créant des occasions multiples, et donc à la maison. Générer de la défiance ne peut créer que des conflits de loyauté qui peuvent affecter la personne accompagnée.
Pour les professionnels, il s’agit de poser du sens à leur action par une méthodologie adaptée, avec des outils, des pratiques et un changement de posture leur permettant d’abandonner le pouvoir en se positionnant en soutien, en acteur de l’éducation et non de la décision.
Enfin pour le management, l’important est de recentrer la stratégie autour du cœur de métier, d’apporter du sens à tous les acteurs en prenant en compet ses trois dimensions, la direction, la signification et la sensorialité ou le ressenti au travail.
Implémentons ensemble la roue de Deming des accompagnements
Comment faire ? contactez moi et nous pourrons en échanger…
La Roue de Deming appliquée aux accompagnements vers l’autodétermination et l’émancipation des personnes en situation de handicap
Le projet d’établissement : donner du sens et coconstruire un futur en impliquant tous les acteurs
Le descriptif ci-dessous est synthétique et général pour vous donner un aperçu global du travail réalisé. Pour un projet pleinement adapté à votre structure,
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FORMATION-ACTION A L’ÉLABORATION DU PROJET D’ÉTABLISSEMENT
Les finalités :
servir la dynamique d’équipe,
piloter le changement,
permettre aux personnes accompagnées de disposer d’un modèle éducatif, pédagogique, thérapeutique, ré-éducatif, social, culturel, professionnalisant afin de concrétiser leurs attentes en relation avec votre stratégie (visée inclusive, autonomie, autodétermination, empowerment..)
Plus précisément … :
- Acquérir et mettre en œuvre la méthodologie d’élaboration et d’animation du projet d’établissement ou du service, en conformité avec les recommandations des bonnes pratiques de la HAS et notamment celle centrée sur le projet d’établissement
- Prendre en compte le contexte actuel du secteur : virage inclusif, des projets
personnalisés vraiment opérationnels, l’apprentissage à l’autonomie, à l’autodétermination, à l’éducation structurée… - Respecter les attentes de la direction ; Pour vous directrice ou directeur, elle va permettre de transmettre et de maîtriser les leviers pour instaurer une dynamique d’équipe, basée sur le sens
- Permettre l’appropriation des éléments formalisés par l’équipe pluridisciplinaire, pour fédérer les professionnels autour des principes, des pratiques, et, également, autour des objectifs à développer pour les cinq années à venir.
- Une intervention de type « formation– action » concrète et pragmatique, menée par une équipe-projet constituée de professionnels représentatifs de la pluridisciplinarité.
- Une méthodologie éprouvée pour un projet d’établissement finalisé.
- Le consultant assure l’assemblage des différentes productions rédigées par les équipes pour matérialiser en continue l’évolution du projet.
UNE DÉMARCHE EXPÉRIMENTÉE POUR UN RÉSULTAT ASSURÉ
La durée de la formation-action dépend de la taille de votre structure de sa composition ( soins, éducatifs, sanitaire ou médico-social) …. Un échange entre vous et moi est indispensable. Je vous ferai une offre qui correspondra précisément à vos besoins.
Contact : 06-79-31-46-16 ou renard.marc.ifoo@gmail.com
MES RÉFÉRENCES CLIENTS
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Mon post sur LinkedIn sur le LIVRAPP, livret d’évaluation des acquis d’apprentissage pour les enfants et ados en situation de pluri polyhandicap et troubles sévères
Bonjour à tous,
L’évaluation fonctionnelle des enfants, des jeunes et des adultes en situation de handicap en intégrant l’expertise des parents et la Co évaluation des adultes, constitue un enjeu majeur de la cohérence et de la pertinence des accompagnements en ESSMS. Cette étape importante de l’éducation spécialisée permet d’orienter le travail vers une pédagogie adaptée basée sur des temps d’apprentissage et des ateliers en fonction des émergences.
Le Livrapp, Livret d’évaluation des apprentissages, permet d’évaluer la situation des enfants et jeunes en situation de polyhandicap ou de handicap sévère en proposant de multiples dimensions (Besoins fondamentaux et Bien-être, Corps et mouvements, Langage et communication, Affectivité, Socialisation, Logique & mathématiques, Environnement, Comportement et attitude dans les temps d’apprentissage, Art et perceptions, Repères & mobilité, Technologie de l’Information et de la Communication, capacité à faire des choix).
Mon poste sur LinkedIn : De l’autodétermination vers l’émancipation : le principe de l’autodétermination de Wehmeyer revisité
L’autodétermination est aujourd’hui un enjeu majeur dans les accompagnements mis en œuvre par les ESSMS. Ce principe ne représente qu’une étape. La finalité est centrée sur la liberté et donc l’accès à l’émancipation.
Même pour des personnes polyhandicapées, la question du choix se pose.
Il y a peu, j’étais dans un établissement avec une équipe engagée et motivée. Je leur ai demandé : à quel moment, dans la vie de tous les jours, les adultes accompagnés ont-ils accès à un choix ?
Nous n’avons pas trouvé…l’équipe était plus surprise que moi….mais nous avons changé cela…
J’ai revisité la définition de l’émancipation fonctionnelle de Wehmeyer pour renter de le rendre plus accessible.
L’apport de l’autonomie et de l’autodétermination dans le questionnement éthique dans le champ de l’éducation spécialisée